La transition énergétique en Wallonie passe inévitablement par une décarbonation profonde du secteur du bâtiment, qui représente près de 20% des émissions de gaz à effet de serre de la région, principalement à cause du chauffage (Canopea. (2024). Réseaux d’énergie thermique en Wallonie.). Dans ce contexte, les réseaux de chaleur émergent comme une solution collective puissante. Une étude du Service Public de Wallonie révèle qu’ils pourraient couvrir jusqu’à 44% des besoins en énergie finale de la région. Au sein de cette famille de technologies, les réseaux de chaleur basse température, ou de 4ème et 5ème génération, se distinguent comme une option particulièrement prometteuse pour les nouveaux quartiers durables.

Qu’est-ce qu’un réseau de chaleur basse température ?

Contrairement aux réseaux traditionnels qui transportent de l’eau à des températures souvent supérieures à 100°C, les réseaux de chaleur basse température fonctionnent avec un fluide caloporteur dont la température de départ est généralement inférieure à 70°C. Les réseaux de 5ème génération vont encore plus loin, avec des températures pouvant descendre en dessous de 20°C, créant ainsi des boucles d’énergie thermique ambiante. Cette réduction de la température de fonctionnement offre des avantages considérables : La baisse des températures, facilite grandement l’intégration des énergies renouvelables et de récupération, et permet même des configurations bidirectionnelles pour fournir du froid en été.  Les pertes de chaleur le long des canalisations sont drastiquement réduites, ce qui améliore significativement le rendement global du système. De plus, ces réseaux sont parfaitement adaptés aux bâtiments neufs, très bien isolés et équipés d’émetteurs de chaleur à basse température comme le chauffage par le sol. 

GénérationTempératureSources d’énergieAvantages clés
1ère> 200°C (vapeur)Charbon, pétroleHistorique
2ème> 100°CCharbon, gazCentralisation
3ème< 100°CGaz, biomasse, chaleur fataleMeilleure efficacité
4ème< 70°CRenouvelables, récupérationPertes réduites, flexibilité
5ème~ Ambiante (<20°C)Toutes sources, échanges thermiquesBidirectionnel (chaud/froid)

Un écosystème énergétique vertueux pour les nouveaux quartiers

Les réseaux de chaleur basse température sont le chaînon manquant pour créer des écosystèmes énergétiques locaux et durables. Ils permettent de valoriser une multitude de sources de chaleur locales, souvent diffuses et à basse température, qui seraient autrement perdues ou inexploitables à l’échelle d’un seul bâtiment. Parmi ces sources, on retrouve : • La chaleur fatale : issue de l’industrie (comme à Herstal avec l’incinérateur Uvelia), des data centers, des supermarchés ou encore des stations d’épuration.• La géothermie : en exploitant la chaleur constante du sous-sol, que ce soit en surface ou en profondeur.• L’aquathermie : en récupérant la chaleur des cours d’eau.• La biomasse durable : en utilisant les ressources locales de bois-énergie, comme dans le projet citoyen de Malempré. Dans ces systèmes, des pompes à chaleur (PAC) décentralisées, installées dans les sous-stations des bâtiments, peuvent jouer un rôle clé pour rehausser la température au niveau exact requis par l’utilisateur, avec une efficacité énergétique maximale.

La Wallonie sur la bonne voie, des défis à relever

Avec des projets emblématiques comme le réseau de grande ampleur de Herstal, qui valorise la chaleur de l’incinérateur local pour alimenter l’équivalent de plusieurs milliers de logements, la Wallonie démontre la faisabilité de ces infrastructures . Le projet coopératif de Malempré, porté par les citoyens, illustre quant à lui la pertinence de ces solutions en milieu rural. Cependant, le déploiement à grande échelle se heurte encore à des défis de taille. Le coût d’investissement initial, estimé à environ un million d’euros par kilomètre de conduite, et la nécessité d’une densité de demande suffisante pour assurer la rentabilité, sont des freins importants . Pour accélérer le développement, la Wallonie peut s’inspirer de modèles européens comme le Danemark, pionnier de la planification énergétique, ou Vienne, qui a mis en place une stratégie de zonage ambitieuse pour sortir du gaz en combinant réseaux centralisés, réseaux locaux et solutions décentralisées .

Conclusion

Les réseaux de chaleur basse température ne sont pas une solution miracle, mais ils constituent un levier essentiel et éprouvé pour la décarbonation des nouveaux quartiers en Wallonie. En mutualisant la production et en valorisant les ressources énergétiques locales, ils offrent une alternative durable, résiliente et économiquement viable aux systèmes de chauffage fossiles individuels. Pour concrétiser leur immense potentiel, une planification territoriale ambitieuse, un cadre réglementaire clair et des modèles de financement innovants, alliant investissements publics et privés, seront indispensables.