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La Déclaration de Politique Régionale (DPR) 2024-2029 du Gouvernement wallon définit les orientations stratégiques pour la transition énergétique de la région. Parmi les axes structurants, deux filières retiennent particulièrement l’attention : les réseaux de chaleur, qui bénéficient pour la première fois d’une reconnaissance explicite, et la mobilité bas-carbone, avec un plan ambitieux de déploiement des infrastructures de recharge électrique. Analyse détaillée de ces deux volets essentiels de la politique énergétique wallonne.
Introduction : une DPR axée sur la décarbonation
La Déclaration de Politique Régionale 2024-2029 inscrit la transition énergétique au centre des priorités gouvernementales. Le document prévoit la conclusion d’un nouveau Pacte énergétique interfédéral reposant sur trois principes : l’inclusion de toutes les solutions bas-carbone, la garantie de la sécurité d’approvisionnement et le maintien d’un prix de l’énergie abordable.
La stratégie énergétique wallonne s’articulera autour de cinq vecteurs : l’électricité, le gaz, la chaleur, l’hydrogène et le CO2. Cette approche multi-vecteurs marque une évolution notable, notamment par l’intégration explicite de la chaleur comme filière à part entière dans la planification énergétique régionale.
Les réseaux de chaleur : Une filière reconnue comme stratégique
Une reconnaissance inédite dans la stratégie régionale
La DPR 2024-2029 intègre pour la première fois les réseaux de chaleur dans la stratégie de gestion des réseaux énergétiques wallons. Le Gouvernement arrêtera, en concertation avec les parties prenantes, une stratégie de gestion des réseaux couvrant les cinq filières, dont la chaleur.
Cette reconnaissance institutionnelle constitue une évolution majeure pour une région où cette filière reste largement sous-développée.

État des lieux : Un potentiel considérable, une réalité modeste
Selon une étude du Service Public de Wallonie, les réseaux de chaleur pourraient couvrir jusqu’à 44% des besoins en énergie finale et 70% des besoins de chaleur de la région . Le potentiel de substitution varie selon les secteurs :
| Secteur | Potentiel de substitution par réseau de chaleur |
| Résidentiel | 84% |
| Tertiaire | 54% |
| Industriel | 29% |
Actuellement, seulement 0,5% de la chaleur est distribuée par des réseaux en Wallonie. On dénombrait 54 réseaux existants en 2020, majoritairement alimentés par la biomasse (85%).
Des projets récents témoignent néanmoins d’une dynamique nouvelle : le réseau de Herstal, inauguré en janvier 2024, valorise la chaleur fatale de l’incinérateur de déchets local sur 6,5 km et permet une économie annuelle de 38 000 tonnes de CO2. Le premier réseau géothermique wallon est également en développement à Jodoigne.

Les orientations de la DPR pour les réseaux de chaleur
La DPR met l’accent sur la valorisation de sources de chaleur renouvelable et de récupération. Le document prévoit une révision de la certification PEB (Performance Énergétique des Bâtiments) pour assurer une prise en compte optimisée des sources énergétiques telles que la chaleur renouvelable (géothermie et chaleur fatale).
Les filières renouvelables émergentes bénéficieront de mécanismes de soutien, incluant notamment la chaleur renouvelable aux côtés du biogaz, de l’hydrogène et des carburants neutres en carbone. Cette orientation vise une valorisation optimale de toutes les sources de chaleur décarbonée disponibles sur le territoire wallon.
Les défis du déploiement
Le développement des réseaux de chaleur en Wallonie se heurte à plusieurs obstacles identifiés par les études récentes :Coûts d’infrastructure : Le coût d’installation est estimé à environ un million d’euros par kilomètre de conduite, avec des temps d’amortissement de plusieurs décennies. Ce modèle économique nécessite un soutien public important. Cadre réglementaire : L’arrêté du gouvernement wallon de juillet 2022 impose des études de planification aux communes et aux porteurs de grands projets.
Toutefois, la Wallonie ne dispose pas encore d’objectifs chiffrés clairs pour le développement des réseaux de chaleur, contrairement à certains pays européens. Critères de viabilité technique : La rentabilité d’un projet dépend d’une densité de demande suffisante, généralement supérieure à 1,5 MWh par mètre de canalisation par an, pour assurer la rentabilité et limiter les pertes thermiques .
La mobilité bas-carbone : Structuration du déploiement des infrastructures de recharge
La vision FAST 2030 et la décarbonation des transports
La DPR s’inscrit dans la continuité de la vision FAST 2030 (Fluide, Accessible, Sûre, Transférée), adoptée en 2017 par le Gouvernement wallon.
Les objectifs incluent une mobilité efficiente, décarbonée, respectueuse de l’environnement et inclusive. Cette vision a été réaffirmée en 2024 comme cadre stratégique à l’horizon 2030 .

Hub de recharge rapide Ionity et Allego sur une aire d’autoroute en Wallonie. Panneaux solaires en toiture et signalisation routière en français vers Liège et Bruxelles.
Contexte : une croissance rapide de l’électromobilité
Le parc de véhicules électriques connaît une croissance soutenue en Belgique. En 2024, 28,54% des nouvelles immatriculations étaient des véhicules électriques à batterie, et 15,62% des hybrides rechargeables.
La Belgique a franchi le cap des 100 000 points de recharge publics en août 2025, pour plus de 650 000 véhicules plug-in dont 380 000 entièrement électriques.
L’infrastructure de recharge a connu une croissance de 45% en 2024. Toutefois, des disparités régionales persistent. La Flandre dispose d’une infrastructure nettement plus développée que la Wallonie et Bruxelles réunies . La croissance relative la plus forte a néanmoins été observée en Wallonie et à Bruxelles, indiquant un rééquilibrage progressif.
La gouvernance : création d’un Comité de projets “Électromobilité”
Pour structurer le déploiement des infrastructures de recharge, le Gouvernement wallon a mis en place un Comité de projets “Électromobilité”, piloté par le Service public Mobilité et Infrastructures . Ce comité regroupe les principaux acteurs publics et privés : administrations, opérateurs, fédérations (EV Belgium, Energia, Mobia), agences territoriales et communes.Ses missions incluent :
•Clarifier les rôles de chacun et renforcer la coordination
• Proposer une politique de déploiement alignée sur les objectifs européens (AFIR, PACE)
• Définir des objectifs à l’horizon 2030-2035 sur base de données fiables
• Intégrer les besoins des zones rurales et périurbaines dans le maillage
• Suivre l’évolution du réseau et des usages
• Travailler en lien avec la Task Force “Puissance et flexibilité énergétique”
Les orientations stratégiques pour les infrastructures de recharge
La DPR prévoit plusieurs axes d’intervention pour accélérer le déploiement des bornes de recharge :
Allègement du cadre réglementaire : Le Gouvernement s’engage à alléger le cadre législatif, urbanistique et financier pour favoriser le développement d’un réseau de bornes de recharge rapide et semi-rapide.
Déploiement sur les axes autoroutiers : Des super-chargeurs seront déployés le long des grands axes routiers et autoroutiers. Les aires autoroutières disposant d’au moins 2 MVA seront équipées en priorité, avec intégration de solutions innovantes comme les batteries de stockage.
Séparation des marchés de concession : Les marchés de concession des bornes seront séparés des marchés de concession de carburant, permettant une plus grande flexibilité et générant de nouvelles redevances.
Réglementation PEB : Depuis 2024, les bâtiments neufs ou en rénovation lourde doivent prévoir au minimum un point de recharge et une infrastructure de raccordement pour un emplacement de stationnement sur cinq.
Électrification des transports publics
Les efforts d’électrification de la flotte de l’Opérateur de transport de Wallonie (OTW) et d’efficience énergétique de l’entreprise seront maintenus, dans le strict respect de la réglementation européenne .

Développement du rétrofit
Le Gouvernement prévoit de développer la filière du rétrofit et de donner un cadre législatif clair à cette pratique. L’opportunité d’homologuer en série des véhicules rétrofités et de planifier le rétrofitting des flottes de véhicules publics sera étudiée.
Conclusion : deux piliers complémentaires de la transition énergétique wallonne
La Déclaration de Politique Régionale 2024-2029 accorde une place significative aux réseaux de chaleur et à la mobilité bas-carbone dans la stratégie de transition énergétique wallonne. L’intégration des réseaux de chaleur comme filière stratégique à part entière et la structuration de la gouvernance pour le déploiement des infrastructures de recharge constituent des évolutions notables par rapport aux législatures précédentes.Les objectifs fixés nécessiteront une coordination étroite entre les différents niveaux de pouvoir, une mobilisation de financements publics et privés, et une simplification des cadres réglementaires. Le suivi de la mise en œuvre de ces orientations, notamment via le rapport du Comité “Électromobilité” attendu au printemps 2026, permettra d’évaluer la traduction concrète de ces ambitions.
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